Lascaux Lucas par Denis Vialou

Directeur du département de Préhistoire au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris

Auteur de l’ouvrage de référence sur les peintures rupestres dans le monde

Terre et Huile / Toile (116×89)

«…dans la pénombre de la caverne de Lascaux, un sentiment inexplicable nous étreint, c’est la présence de ses hommes de la nuit des temps qui nous appelle. Cette caverne obscure où raisonne la cavalcade silencieuse de la vie est le sanctuaire de l’âme des très lointains habitants de cette terre. Si l’animal est représenté de façon naturaliste, et de quelle façon, l’homme est là lui aussi devant nos yeux, mais le message secret qu’il nous a laissé n’a pas été entendu et pourtant, il est bien là à certains endroits de la caverne qui nous appelle…»

Terre et Huile / Toile (116×89)
Terre et Huile / Toile (116×89)

«…alors j’eus l’illumination, la révélation. Ces carrés, ces rectangles abstraits peints dans la caverne de Lascaux il y a 18000 ans sont les mêmes dans leur essence, que ces carrés et rectangles de ce projet de peinture avec les toreros qui a volé mon temps, mon coeur et mon âme depuis 2 ans.Au XXème siècle avec les toreros, j’avais retrouvé le chemin qui me conduisait inexorablement à ces hommes de l’aube de la vie…»

Laboratoire du museum d’histoire naturelle

Institut de paléontologie humaine

UA 184 du centre national de la recherche scientifique

Paris – 22.04.1992

LASCAUX – LUCAS

Sur les parois envoûtantes de Lascaux, la puissance sauvage de l’Aurochs paraît maîtrisée par l’Artiste magdalénien. Le superbe animal traverse l’espace pictural, animé, agité, redoutable. Son image noire, multiple, plus grande encore que nature, fascine le regard et impressionne. Les cerfs et les chevaux qui, plus petits et colorés, s’intercalent dans cette force tourbillonnante des aurochs, sont plutôt rassurants, paisibles sans être statiques.

Ailleurs, dans la grotte plus étroite et secrète, l’Artiste a peint et gravé d’autres bovins, des aurochs encore, mais plus graciles et des bisons.

Souvent leur queue fouette l’air, trahissant leur excitation. Au fond du puits, quelques mètres en contrebas des galeries décorées, le magdalénien a dessiné en noir la mort simultanée de l’homme et de l’animal. Dans une ultime fureur, le bison éventré par la sagaie cherche encore à encorner le chasseur, à tête d’oiseau et le culbute violemment.

Le Taureau noir de l’arène et l’Homme de lumière pertétuent cette dualité de la vie et de la mort dans une intimité gestuelle d’une fascinante beauté, d’une fluidité éphémère et lancinante. C’est elle que LUCAS peint avec une profondeur tragique, magnifiquement émouvante. Son émoi semble rejoindre celui des chasseurs de Lascaux. Il leur répond, dans sa création, en leur renvoyant son propre risque de la vie, choisi par le torero face et grâce à la bête.

Mais voilà qu’une tâche rouge, losangique, ensanglante son œuvre. Tout y était apparemment intelligible et ce signe rompt l’immédiateté de la compréhension ! Dans cette forme géométrique s’enferme la signature de la vie, celle du sang du taureau que le torero dépose symboliquement à l’invitation de LUCAS.

Le bestiaire imaginaire de Lascaux est également habité de signes, de formes géométriques simples ou complexes, mais jamais identifiables comme des choses, des objets ou des armes. Ce sont aussi des symboles, participant d’un mythe, dont les paroles se sont perdues dans le temps.

Les signes de Lascaux et de toutes les grottes magdaléniennes, les quadrilatères rouges des œuvres de LUCAS, associent dans une vision unique l’homme, l’animal et leurs significations inaccessibles à la seule lecture rationnelle. Leurs œuvres rassemblent les acteurs de la vie et de la pensée, les pulsions et les sentiments. Elles invitent le spectateur à les parachever par son regard, celui qui confère du sens à ce qui est soigneusement caché : le rouge, le trait, le losange, l’abstrait géométrique associé au figuratif, métaphorique de la relation vitale et sans cesse mortelle de l‘Homme et de l’Animal.

Denis Vialou

Sous-Directeur au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris

Auteur de l’ouvrage de référence des cavernes peintes dans le monde : l’univers des formes (Gallimard)

Étude sur les signes inintelligibles de Lascaux il y a 18 000 ans

(en concordance avec les figures géométriques peintes avec les toreros)

Il y a un peu plus d’un an, un soir dans ma chapelle, je feuilletais un ouvrage sur Lascaux et l’art rupestre. Je tombais sur cette page à laquelle je n’avais jusqu’ici jamais prêté attention : les signes inintelligibles de Lascaux, précédés d’un agrandissement photographique représentant des carrés et rectangles peints de façon monochrome. L’interprétation de ces signes a donné naissance à beaucoup d‘hypothèses. La caverne de Lascaux est la plus belle et la plus émouvante des grottes préhistoriques. Dans la pénombre de cette caverne, un sentiment inexplicable nous étreint, c‘est la présence de ces hommes de la nuit des temps qui nous appelle. Cette caverne obscure où résonne la cavalcade silencieuse de la vie est le sanctuaire de l’âme des très lointains habitants de cette terre. Si l’animal est représenté de façon naturaliste (et de quelle façon), l’homme est là lui aussi devant nos yeux, mais le message secret qu’il nous a laissé n’a pas été entendu et pourtant, il est bien là à certains endroits de la caverne. Ce message à nul autre pareil, est inscrit dans ces signes dits inintelligibles et surtout dans ces figures géométriques monochromes. Les signes les plus remarquables sont aux pieds de la Grande Vache Noire se trouvant dans la nef. ll y a discordance frappante entre le merveilleux de ce sanctuaire et les hypothèses réductrices émises par les hommes, comme si ceux-ci aujourd’hui, avaient perdu la faculté d’appréhender le merveilleux dans sa fulgurante simplicité. Ces carrés, rectangles, peints de façon monochrome dans la caverne de Lascaux, sont les mêmes dans leur essence que les carrés et rectangles de ce “projet” qui a volé mon temps, mon cœur et mon âme depuis maintenant plus de quatre ans. C’est cette communion profonde entre le peintre Lucas et les toreros qui renvoie aujourd’hui comme un écho, la réponse la plus ancienne à ces hommes de Lascaux qui, il y a plusieurs milliers d’années, nous ont laissé gravé dans la roche un même message secret. Car à Lascaux, ces hommes qui ont peint certaines fresques animalières les plus anciennes, dans ces mêmes formes géométriques, ont inscrit en langage secret l’histoire de leur vie. Au XXe siècle, avec cet homme, le torero, j’avais retrouvé le chemin qui me conduisait à ces hommes de l’aube de la vie.

Lucas

Terre et Huile / Toile (116×89)
Terre et Huile / Toile (116×89)